Allocution de Madame Le Président à l'occasion des 20 ans de la Cour Constitutionnelle
Monsieur le Président de La République,
En cette période où le monde entier s'accorde pour communier dans un même élan de générosité et de solidarité, il m'est particulièrement agréable d'avoir à vous présenter, au nom des membres de la Cour constitutionnelle, des Assistants, de l'ensemble du personnel, de nos familles respectives et au mien propre, les voeux ardents de santé, de bonheur, de sérénité, de prospérité et de longévité que nous formulons à votre endroit, vous qui incarnez la Nation gabonaise.
Nous aimerions, Monsieur le président de la République, associer tout particulièrement à ces voeux votre épouse, Madame Sylvia Bongo Ondimba qui, en oeuvrant de tout coeur pour le développement de l'entrepreneuriat féminin, la protection de la veuve, de l'orphelin et des personnes vivant avec un handicap, contribue, à n'en point douter, efficacement à la promotion et à la protection des droits humains dans notre pays.
Nous ne saurions ne pas y associer également vos enfants qui vous apportent joie et réconfort ainsi que tous ceux qui vous sont chers.
Nous en appelons au Dieu Tout-Puissant pour qu'il vous donne l'inspiration nécessaire, la force et le courage de poursuivre avec opiniâtreté et succès votre action dans la voie engagée, celle de conduire le Gabon vers toujours plus de démocratie et de justice sociale.
Monsieur le Président de la République,
L'année 2013 qui vient de poindre verra s'organiser nombre d'événements d'importance pour notre pays. En notre qualité de garant juridique de la Constitution, nous relèverons, notamment, le recensement général de la population et de l'habitat qui, selon les prescriptions de la Loi Fondamentale, a lieu tous les dix ans, le dernier s'étant déroulé en 2003, et la consultation en vue de la désignation des élus locaux au sein des Conseils départementaux et des Conseils municipaux.
Cette consultation, faut-il le souligner, aura ceci de particulier que, pour la première fois, notre pays s'essayera aux méthodes ultramodernes d'établissement d'un fichier électoral, méthodes déjà appliquées aux mêmes fins, sous d'autres cieux, avec des fortunes diverses.
En effet, en plus des renseignements classiques, la liste électorale comportera dorénavant les données biométriques que sont les empreintes digitales et la photographie de l'électeur, éléments retenus par le législateur dans le cadre de la loi portant dispositions communes à toutes les élections politiques, récemment modifiée.
Nous voudrions saisir l'opportunité que nous offre la présente cérémonie pour retracer quelque peu le cheminement qui a conduit à l'adoption de cette nouvelle technique, afin de permettre aux uns et aux autres d'en être suffisamment instruits et surtout de donner l'occasion à chaque maillon de la chaine participant à sa mise en oeuvre d'être parfaitement au fait du rôle et des responsabilités qui lui incombent.
Monsieur le Président de la République,
Le principe d'introduire la biométrie dans le processus électoral avait déjà été arrêté en 2006 par les acteurs politiques lors de la négociation des Accords dits d'Arambo. Pour autant, il n'est jamais devenu effectif, aucun texte n'ayant été pris pour le formaliser.
Dès votre accession à la Magistrature Suprême, soucieux de réduire le nombre des contestations liées, entre autres, au fichier électoral, vous avez décidé d'exhumer ce dossier et d'en débattre avec l'ensemble de la classe politique, en présence des membres du gouvernement et des responsables des Institutions de la République.
A l'unanimité, les participants à cette rencontre autour de vous vont adhérer à cette heureuse initiative. Face à un certain nombre des contingences ayant trait, notamment au coût de l'opération, au temps nécessaire pour permettre l'exécution des différentes tâches relatives à l'application de la biométrie et, singulièrement, aux délais constitutionnels
de renouvellement du mandat des députés, vous avez instruit le Premier ministre de saisir la Juridiction constitutionnelle d'une demande de report des élections des députés de 2011, s 'appuyant en cela sur le fait que les opérations se rapportant à l'utilisation des données biométriques dans le système électoral ne pouvaient être achevées avant la fin dudit mandat.
Après les auditions des responsables des ministères concernés, des partis politiques et des autres personnes ressources, la Cour constitutionnelle, relevant, d'une part, que la législation en vigueur ne mentionnait nullement la prise en compte des données biométriques au moment des inscriptions sur la liste électorale et, d'autre part, l'absence du dossier d'un élément attestant un commencement d'exécution des opérations y relatives, avait estimé qu'il n'y avait pas lieu, en l'espèce, à évocation d'un quelconque report des élections législatives de 2011 en vue du renouvellement de l'Assemblée nationale.
Toutefois, comme à l'accoutumée, la Cour Constitutionnelle, soucieuse de voir confortés la démocratie et l'Etat de droit dans notre pays, avait cru devoir accompagner sa décision de recommandations appropriées aux pouvoirs publics, afin de faciliter la mise en oeuvre de ce consensus politique.
Aussi, avait-elle indiqué les différentes phrases à observer tant par le législateur que le Gouvernement, à savoir, l'adoption, en premier lieu, de la loi relative à la Protection des Données à Caractère Personnel ; la modification, en second lieu, de la loi électorale, notamment dans ses dispositions se rapportant à l'inscription sur la liste électorale ; la conception, en troisième lieu, d'un cahier de charges définissant l'ensemble des opérations de la biométrie et, enfin, la mise en place de la Commission pour la Protection des Données à Caractère Personnel.
Nous devons à ce jour relever, pour le saluer, que Votre décision de réunir autour de Vous la classe politique a été le catalyseur de la matérialisation de cette volonté politique commune.
En effet, dans les mois qui ont suivi la décision de la Cour Constitutionnelle, la loi relative à la Protection des Données à Caractère Personnel, pourtant évoquée au Parlement depuis deux ans, a été adoptée et promulguée ; la loi portant dispositions communes à toutes les élections politiques a été modifiée pour y intégrer les données concernant la biométrie ; le cahier de charges a été élaboré ; la Commission Nationale pour la Protection des Données à Caractère Personnel vient d'être mise en place.
En outre, les différentes recommandations de la Cour Constitutionnelle, consécutives aux multiples saisines dont elle est l'objet de la part des acteurs politiques sont prises en comptes par les pouvoirs publics.
Tout ceci démontre à suffisance, Monsieur le Président de la République, la volonté et la détermination qui sont les Vôtres de voir les prochaines élections organisées dans des conditions optimales de Fiabilité et de transparence.
Monsieur le Président de la République,
Permettez-nous, à la veille de la mise en oeuvre de ce nouveau processus de recensement des électeurs, de saisir ce moment d'intense communion nationale pour nous interroger ensemble sur la portée de cette technologie.
L'homme est un être foncièrement perfectionniste. Toujours à la recherche du mieux-être et du mieux faire, il fait sans cesse preuve d'imagination créatrice.
En matière électorale, la fin de chaque processus, invariablement assortie d'une kyrielle de récriminations, a toujours donné lieu, dans notre pays, à de nombreuses modifications de la loi électorale, les unes plus innovantes que les autres.
Les réformes enregistrées, à ce jour, ont porté exclusivement sur les éléments externes au corps électoral.
Aujourd'hui, c'est la biométrie qui séduit par le fait qu'elle est censée apporter plus de fiabilité à la liste électorale, laquelle a toujours constitué le noeud gordien sinon la quadrature du cercle du processus électoral dans notre pays.
Il s'agit, certes, là d'un grand pas qui vient d'être franchi dans le sens de la recherche effrénée de plus de transparence électorale.
Cependant, il importe d'avoir constamment à l'esprit que les technologies, quelle qu'elles soient, demeureront toujours aussi difficiles à maîtriser, aussi imparfaites, et ce, parce qu'il faut toujours se souvenir que l'Homme est au centre de tout.
En effet, c'est l'homme qui, en tant que préposé de l'Etat, va procéder à l'enrôlement des électeurs. Il se doit donc de le faire dans le strict respect des prescriptions légales en la matière, et ce, sous le contrôle de la Commission nation ale pour la Protection des Données à Caractère personnel.
C'est encore l'homme qui, en qualité d'acteur politique, conçoit et met en musique les réformes susceptibles d'améliorer le processus électoral, de sorte que, sur le terrain, on en voie la restitution. A cet égard, il ne doit jamais perdre de vue que quelle que soit l'ambition des textes, s'il n'y a pas une appropriation de leur part de cette énième réforme, s'il n'y a pas une réelle volonté de jouer vrai, rien de grand ne se fera.
C'est enfin l'homme qui, comme citoyen, va donner, par son implication personnelle, toute la dimension à ce nouveau processus en se faisant enrôler, le moment venu, sur la liste électorale.
Il importe donc à chacun des acteurs engagés dans ce challenge de faire montre de responsabilité, de savoir-faire et surtout d'amour pour la Patrie pour cette avancée dont nous attendons beaucoup, ne soit pas à l'image de la montagne qui accoucherait d'une souris.
Monsieur le Président de la République,
Ces quelques recommandations de la Cour constitutionnelle à l'endroit de l'Administration, des acteurs politiques et des citoyens visent à leur faire comprendre qu'ils Détiennent la clef de ce qui constituera soit la réussite, soit l'échec de cette mesure novatrice que Vous avez voulu remettre au goût du jour.
S'il est légitime et sain pour notre jeune démocratie d'exiger plus de transparence dans la mise en oeuvre du processus de désignation de ceux qui sont appelés à représenter le peuple souverain, encore faudrait-il que chacun des acteurs engagé dans ledit processus admette et respecte les règles du jeu.
C'est fort de cet espoir que nous vous réitérons Monsieur le Président de la République, nos voeux les meilleurs pour l'année 2013.